Rencontre fashion football avec Fly Nowhere

 

Quand Ballon rond et mode font bon ménage, cela donne les maillots du Venise FC (Venezia FC), une collaboration entre Fly Nowhere et le club de football d’une des plus belles villes d’Italie. Rencontre avec Diego Moscosoni, disciple de Supreme, et artisan de cette association ou le sport côtoie la mode ainsi que le streetwear.

 

 

 

Comment cette collaboration entre un club de football et une entité comme Fly Nowhere  a pu voir le jour ?

Diego Moscosoni de Fly Nowhere : En 2016, un groupe américain a racheté le club de Venise et placé à sa tête Ted Philipakos que nous avons rencontré à New York via un ami commun. Ensemble nous avons réfléchis à la création d’une marque autour du club. Étudiant à la Pratt School de Brooklyn, j’avais eu une résidence à Venise dans le passé. J’avais donc quelque souvenir de la Biennale ainsi que d’évènements culturels. A cette époque, le club de Venise n’était pas stable, il a rencontré des difficultés financières et il a de nouveau changé de mains. En 2020, les nouveaux propriétaires nous ont recontacté. Je suis donc devenu Directeur Créatif du club au sein de Fly Nowhere Studio et Ted (cité précédemment) responsable du Marketing. Nous avons passé le confinement enfermé dans un immeuble italien à définir une nouvelle identité graphique pour le club, de nouveaux outils de communications, des logos, mais aussi l’identité du stade. La nouvelle direction du Venise FC nous a donné pas mal de liberté pour construire et établir une stratégie cohérente. Le fait que le club soit à taille humaine nous a permis de faire les choses plus rapidement. Dans un grand club la politique interne à tendance à ralentir les initiatives.

 

Qu’est qui vous est venu à l’esprit lors du processus créatif ?

 

 Le plus gros challenge a été de trouver un équilibre entre son histoire, sa tradition et de nouvelles idées disruptives, avec en tête l’idée qu’il fallait capter l’attention en dehors de Venise. Le monde est désormais global, et l’identité régionale a changé. Venise est une métaphore pour le monde. C’est un endroit qui a influencé la planète au niveau des échanges commerciaux. Notre approche a donc été un équilibre entre un amour régional acharné et une ouverture sur le monde. L’autre challenge fut le temps. Nous avons eu 6 mois, ce qui ne nous a pas laissé beaucoup de temps pour développer un maximum de choses. Dans un monde idéal, les directeurs créatifs auraient la possibilité de créer le merchandising d’un club de football comme une marque de Streetwear, avec des collaborations ou des produits moins dépendants de l’identité graphique classique d’un club.

 

Avec qui avez-vous travaillé et combien de temps a pris la réalisation du projet ?

 

Au début de notre collaboration, Venise était en fin de contrat avec Nike. Nous avons donc travaillé avec eux sur la sortie des maillots pour la saison 2020, et nous étions dans l’esprit d’aller plus loin pour le troisième maillot de la saison 2021 (plus de customisation etc). Notre théorie c’est que Venise n’est pas un club comme un autre, ce qui en terme de taille de maillot, se traduisait pour nous différemment. Malheureusement, Nike, ne fait pas exception à la règle quand il s’agit de tailles, et rien de ce que nous avons proposé n’a pu voir le jour du fait de l’incompatibilité de nos L et S. Il y avait aussi un problème de timing car Nike produit ses maillots 1 ou 2 ans en avance. Heureusement que nous avons eu un allié de poids en la personne de Rémi Garnier (directeur marketing) quand le club est passé chez Kappa. Ce dernier a compris notre vision et il nous a introduit à la direction du nouvel équipementier. Durant la pandémie, nous nous sommes donc rendu à Turin et nous avons eu pas mal de soutien de Matteo Monaco, Studio Sport SRL, et Dekographic qui sont basé à Venise. Ensemble nous avons fait des miracles et produit 4 tenues complètes, ainsi que les équipements techniques. Tout ça en seulement 6 mois.

 

Football et Fashion font bon ménage ?

 

Ces derniers temps, les deux entités ont définitivement été associées ensemble, souvent de manière superficielle d’ailleurs, mais je pense que football et style sont unis depuis que je suis né. La différence de nos jours, c’est qu’avec internet, on a la possibilité de travailler au-delà des frontières. Les régions s’influences les unes les autres, et en ce qui concerne Fly Nowhere, nous sommes plus Streetwear, avec un style New Yorkais. Je donne d’ailleurs le crédit de cette orientation à James Jebbia de Supreme et Robert Duffy de LVMH, deux de mes mentors. Ils m’ont donné une perspective unique en terme d’authenticité. J’essaye d’amener un peu de cet état d’esprit New Yorkais dans le monde du football européen. Je suis aussi très influencé par le Japon, car ils ont été innovant et disruptif dans le monde de la mode depuis des années. Aujourd’hui, c’est une forme de boucle entre New York, Paris, et Los Angeles. Les consommateurs actuels ressemblent d’ailleurs de plus en plus à ceux de la scène Streetwear de Tokyo, il y a de cela 15-20 ans.

 

Quel est ta vision des maillots de football et des accessoires liés au sport ?

 

J’aimerais voir plus de clubs comme Venise, qui gère la créativité de leur entité en interne. Adidas et Nike, sont légendaires pour créer des produits, mais de nos jours, dans les chaines de magasins je vois à ailmpeu près les mêmes choses d’un point de vue graphique. Les clubs de football centenaires devraient développer eux même leur propre look et ne pas partager les mêmes identités graphiques avec leurs rivaux. La bataille du style est selon moi un autre aspect du sport, et le fait que trois marques produisent 75% de l’équipements des clubs de foot, détruit un peu cette compétition. Le fait que les maillots soient produits 1 ou 2 ans en avance fait aussi perdre de la valeur ainsi que du sens aux maillots. Je pense que c’est le sens et l’intention derrière le maillot de Venise qui fait écho au public.

 

Est-ce que d’autres collaborations sont sur la table ?

 

En ce qui concerne Venise, le club n’a pas fait une nouvelle offre pour poursuivre le projet, nous ne sommes donc plus associés avec lui. New York est une ville où construire une activité comme la nôtre est très éreintant. C’est un endroit qui coute plus cher que ce qu’il rapporte. Pour que ce projet aboutisse mondialement, nous avons consenti de gros efforts financiers, car je ne fais pas cela pour l’argent. Travailler dans l’une des villes les plus chère du monde nous met beaucoup de pression. Ici les choses changent en une seconde. De ce fait, travailler sur nos autres projets, ne nous donnait pas le temps de nous investir à 100% pour le club de Venise. Nous avons en tout cas quitté un club en meilleur posture que nous ne l’avions trouvé et je leur souhaite bonne chance pour la suite. Actuellement, nous travaillons avec d’autres équipes et nous avons signé notre premier joueur, Jo David, de Lille. Il est en train d’exploser. On va l’aider à grandir (il n’a que 21 ans). Dans son sillage, on va faire des produits avec lui et Adidas. Il est l’attaquant de l’équipe national du Canada, est né à New York, joue en France, est d’origine Haïtienne. C’est typiquement le genre d’histoire hors frontière qui est faites pour nous.

https://nowherefc.com

 

 

 

 

 

La Fashionerie

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